OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Petits partis en ligne http://owni.fr/2012/02/24/petits-partis-en-ligne/ http://owni.fr/2012/02/24/petits-partis-en-ligne/#comments Fri, 24 Feb 2012 17:41:29 +0000 Andréa Fradin http://owni.fr/?p=99685

Nicolas Sarkozy fraîchement débarqué, c’est toute la course présidentielle qui s’est emballée. Une accélération synonyme d’un recentrage médiatique sur les bisbilles occupant le PS et l’UMP. IRL [NDLA : In real life, expression utilisée sur Internet pour qualifier la vie hors du réseau ] comme sur Internet. A l’ombre des deux pachydermes de la vie politique française pourtant, des partis plus modestes tentent de faire émerger d’autres réflexions. Et là aussi, numérique compris.

Pour les petits Poucet de la campagne, le réseau est avant tout une chance de se faire connaître, en marge des médias traditionnels. Loin d’être un enjeu de campagne, Internet représente d’abord un outil de communication. La thématique n’est pas intégrée aux programmes, ou reléguée à l’arrière-plan, à l’instar des favoris de la campagne. Question de priorités. Certains l’investissent néanmoins, conscients du boulevard politique qui s’ouvrent à eux. Sans toutefois envisager sérieusement l’émergence d’une formation politique numérique. OWNI est allé à la rencontre des moins de 3%.

“Internet avant tout comme un outil de communication”

Une campagne pas très net

Une campagne pas très net

Après Facebook, Twitter. Accusée ce week-end d'avoir censuré des comptes parodiant le président sortant, l'équipe de ...

“Les questions sur le numérique, [...] nous les abordons quand on nous demande notre avis sur le sujet.” Chez Lutte Ouvrière (LO), on ne s’en cache pas : Internet ne fait pas partie de ses priorités. Aucune occurrence, ni sur le site de Nathalie Arthaud, sa candidate, ni dans la brochure explicative de son programme. Le parti trotskiste préfère concentrer ses efforts sur des revendications jugées plus “vitales pour les classes populaires” : “l’emploi, le salaire, ou le contrôle sur l’économie”. Même ligne pour l’autre formation d’extrême-gauche en lice, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), qui perçoit “Internet avant tout comme un outil de communication”. “On se demande d’abord comment l’utiliser pour porter nos idées” explique Antoine Larrache, qui s’occupe du volet Internet de Philippe Poutou, le candidat du NPA.

Dominique de Villepin (République solidaire) va plus loin : plus qu’un moyen de communiquer, Internet permet aux petits partis d’exister. “Mon site Internet, mon compte Twitter, ma page Facebook ou ma chaîne Dailymotion me permettent de parler directement aux Français, sans filtre, sans détours – possibilité que les grands médias n’offrent qu’aux deux candidats qu’ils ont décidé de présenter aux Français.” Et de conclure : “c’est une forme de confiscation du débat démocratique.” (lire l’interview dans son intégralité sur son site de campagne)

Lacunaire

Si Internet est avant tout porteur de messages, il n’en reste pas moins un enjeu politique, tempère Antoine Larrache (NPA). “Certes secondaire. Mais il garde une place importante”, assure-t-il.

Préservation de la liberté d’expression, alternative à la loi Hadopi, couverture du territoire en haut et très haut débit : ces trois thèmes reviennent sans cesse chez les outsiders de la présidentielle. Plus ou moins détaillé, plus ou moins étoffé par d’autres propositions sur le numérique, ce trio de sujets est systématiquement repris par les petits candidats. De droite comme de gauche : Philippe Poutou (NPA), Nathalie Arthaud (LO), Dominique de Villepin (République Solidaire), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), Corinne Lepage (Cap 21) et, en leur temps, Hervé Morin (Nouveau Centre) et Christine Boutin (Parti Chrétien Démocrate) aujourd’hui ralliés à Nicolas Sarkozy ; tous s’attardent ou se sont attardés sur cette poignée d’idées, pour peu qu’on ait ouvert le débat numérique avec eux.

Hadopi en sursis

Hadopi en sursis

À la faveur de l'affaire Megaupload, l'opposition entre droits d'auteur et Internet s'est installée au nombre des sujets de ...

Tous sont favorables à l’instauration d’une licence globale en lieu et place d’Hadopi, un dispositif légalisant les échanges d’œuvres non-marchands et rémunérant les auteurs via une contribution financière des internautes. Tous encore récusent la politique numérique de Nicolas Sarkozy, qu’ils associent à son orientation politique générale : “je tire de la politique numérique des cinq dernières années le même bilan que du quinquennat dans son ensemble. Au-delà des effets d’annonce et autres opérations de communication de type e-G8, aucune priorité n’a été définie”, fustige Dominique de Villepin. C’est d’ailleurs la constante du positionnement numérique de la majorité des “petits” partis : il se fait en réaction à la mandature passée. Et manque parfois de concret.

Le cas Hadopi est symbolique. A droite comme à gauche, il est perçu comme symptomatique de la politique générale de Nicolas Sarkozy, jugée répressive et plus proche des grands groupes industriels que des citoyens. Le numérique n’est alors qu’une autre façon de se démarquer du président sortant, et de se présenter comme alternative politique. C’est ainsi que le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan, pour qui “Nicolas Sarkozy a mis Internet dans les mains des majors”, rejoint des partis à l’extrême-gauche de l’échiquier politique. Comme Lutte Ouvrière, qui estime que la loi Création et Internet, à l’origine d’Hadopi, “est surtout une loi qui défend les intérêts des grands groupes de l’audiovisuel et de la communication”.

Mais pour ce parti comme pour le NPA, il faut d’abord “remettre en cause les fondements capitalistes de cette société” avant d’envisager cette seule problématique. “Il y a des choses importantes à dire sur Internet. Mais elles rentrent dans un combat plus global pour changer la société”, explique Antoine Larrache (NPA).

Dans la mesure où notre temps de parole est limité, on peut en plus difficilement communiquer là-dessus sur un plateau.

Au-delà de la lutte contre Hadopi, la réflexion numérique reste lacunaire. L’avantage, c’est qu’elle ne porte que sur les thématiques susceptibles de bien intégrer le socle des valeurs fondamentales des partis. Donnant ainsi l’impression d’une certaine cohérence, quand les plus grosses formations politiques se voient reprocher une approche d’Internet purement sectorielle, sans vision ni articulation globale, divisée entre l’industrie et la culture à l’heure numérique. L’inconvénient, c’est qu’elle manque de technicité. Et qu’elle laisse en friche bien des aspects de la question numérique : déploiement du très haut débit en France, éducation au numérique, services de e-santé, gouvernance internationale du réseau…

Hérauts numériques

Un Acta de guerre

Un Acta de guerre

Samedi dernier, un peu partout en Europe, des dizaines de manifestations se sont déroulées contre l'Acta ; un texte qui ...

Sous la barre des 3%, certains candidats semblent néanmoins vouloir se distinguer sur la question.

Dominique de Villepin, dont le projet formalisé n’accorde pourtant pas une large place à Internet, explique réfléchir à une “vie politique numérisée”, qui s’appuierait sur un renforcement de la “libération et la normalisation des données publiques” et sur l’utilisation d’Internet “comme levier de démocratie directe”, en l’intégrant à “des référendums d’initiative populaire”.

Mais c’est Nicolas Dupont-Aignan et Corinne Lepage qui se disputent la place du héraut numérique. Le premier est positionné par Le Monde entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. La seconde se veut être l’autre voix écolo, derrière Eva Joly.

“Nous sommes le parti qui travaille le plus sur Internet !”, affirme, catégorique, Nicolas Dupont-Aignan, quand Corinne Lepage déclare de son côté “faire d’Internet sa ligne de fond.”

Difficile de savoir si cela relève d’un opportunisme politique, embrassant un sujet peu investi par les partis traditionnels, ou d’une réelle appétence pour Internet. Certainement un peu des deux. Une chose est sûre, l’un comme l’autre sont des historiques de la lutte anti-Hadopi. Chacun a publié un ouvrage mise à l’entière disposition des internautes : Corinne Lepage l’a laissé en téléchargement gratuit (licence CC By-SA), Nicolas Dupont-Aignan a privilégié la licence libre. Tous deux encore ont pris part aux manifestations contre l’Acta, le projet international qui vise à renforcer l’arsenal juridique des industries culturelles pour lutter contre la contrefaçon sur Internet.

Sur les programmes, l’avantage va néanmoins à Corinne Lepage, dont la réflexion repose en partie sur Internet, perçu comme constitutif d’une troisième révolution industrielle”. “Pour moi, la question des nouvelles technologies et de l’informatique n’est pas un chapitre. Tout comme l’environnement, c’est un fil conducteur”, explique la candidate de Cap 21, qui accuse les favoris des sondages “d’être restés dans le siècle d’avant”.

Je me mets dans la perspective d’un monde qui a changé et auquel on doit s’adapter. Eux sont dans le vieux monde qui vieillit et qu’il faut préserver.

Néanmoins, Internet n’a pas encore accédé au statut de pierre angulaire de son programme, Corinne Lepage ne l’évoquant pas systématiquement lors de ses interventions, lui préférant, comme ce matin sur France Info, la thématique écologique.

“J’appelle tous les pirates à voter pour moi !”

Pour autant, ni Corinne Lepage, ni Nicolas Dupont-Aignan ne se voient devenir la force politique numérique française. Ils ne croient d’ailleurs pas en l’émergence d’un parti d’Internet, à l’instar d’un Parti Pirate français, qui fait partie du paysage politique sans toutefois peser sur le dispositif. Pour la candidate de Cap 21, “cette force peut exister mais c’est peu probable. Quand on voit comme l’écologie politique a du mal à percer”, regrette-elle.

Nicolas Dupont-Aignan, qui dit ne “pas croire aux partis catégoriels”, appelle quant à lui “tous les pirates” à voter pour lui, après avoir brièvement évoqué “l’affaire Megaloop”. On ne saurait être plus clair.


Illustration et couverture par Marion Boucharlat pour OWNI


En bref, leur vision du numérique…

- Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière)
> le numérique n’apparaît pas dans le programme
> Pour une abrogation d’Hadopi. Selon les équipes de LO, “si tous les films, les disques, les reportages,… étaient en accès libre et gratuit via internet, ce serait une très bonne chose. Il faudrait mettre en place un service public associé qui permette aux artistes de réaliser leurs projets dans les limites du possible, bien sûr.”

- Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République)
> Point 29 : “Autoriser le téléchargement en abrogeant la loi Hadopi”. Y sont abordées l’abrogation de la loi, la mise en place de la licence globale, la protection de la neutralité du net et la mise en échec du traité liberticide Acta.

- Corinne Lepage (Cap 21)
> Point 4 : “Internet de l’énergie”
> Point 7 : “Encouragement à l’innovation à la lumière de l’expérience de la Silicon Valley”
> Point 19 : “Développement du télétravail et unification dans toute la France de l’accès et de l’usage d’Internet
> Point 28 : “Expérimentation et  développement  de nouvelles pédagogies à l’école et de nouveaux rythmes scolaires”
> Point 57 : “Garantie des droits des internautes, promotion des logiciels libres et de l’open source”. Y sont abordées l’abrogation de la loi Hadopi, la mise en place de la licence globale, la protection de la neutralité du net et l’adoption des logiciels libres dans le secteur public, après audit.

- Philippe Poutou (NPA)
> Rien dans le programme [PDF], mais un communiqué sur la fermeture du site Megaupload
> Pour une abrogation d’Hadopi et la mise en place d’une licence globale

- Dominique de Villepin (République Solidaire)
> Point 25 :  mention du numérique,  considéré comme l’une des “filières d’excellence industrielle”
> Retrouvez l’interview complète du candidat par OWNI. Y sont abordées l’abrogation de la loi Hadopi, la mise en place de la licence globale, la protection de la neutralité du net et l’e-administration.

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http://owni.fr/2012/02/24/petits-partis-en-ligne/feed/ 9
[ITW] Un lobbyiste numérisé en campagne http://owni.fr/2011/10/05/itw-un-lobbyiste-numerise-en-campagne-ps-thieulin/ http://owni.fr/2011/10/05/itw-un-lobbyiste-numerise-en-campagne-ps-thieulin/#comments Wed, 05 Oct 2011 13:50:59 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=82158

Fondateur dela Netscouade, une agence de communication et d’influence sur Internet, Benoît Thieulin devrait jouer un rôle important dans les opérations de lobbying du PS sur Internet pendant la présidentielle. En 2007, il coordonnait la campagne web de Ségolène Royal. Et jusqu’au mois de juin 2011 il pilotait la communication de la campagne pour la primaire d’Arnaud Montebourg. Analyses et confidences sur les évolutions numériques des dernières années et leurs implications pour les candidats à la présidentielle de 2012.

Dans les différents partis, on entend dire qu’une campagne électorale ne se gagne pas sur le web. Qu’en pensez-vous ?

On pourrait sortir du sujet pour lui trouver une illustration plus forte. Il y a beaucoup de journalistes qui ont basculé de la “techno-méfiance” à la “techno-béatitude” à l’occasion du printemps arabe. En disant en particulier qu’il fallait bien reconnaître que cette fois-ci, la révolution a eu lieu sur Internet. Je pense qu’il faut préciser les choses. Une révolution, ça se fait dans la rue.

Et Internet a joué un rôle absolument clé, à mon avis à deux points de vue : d’une part le façonnement des esprits, donc au fond un travail culturel qui a probablement armé dans les têtes les révolutions arabes, et d’autre part ce que certains appellent la synchronisation. Le problème que l’on rencontre à ce moment là est de savoir comment faire pour descendre massivement dans la rue. Et là, Internet joue un rôle clé. Tous les outils des médias sociaux permettent de pouvoir programmer une mobilisation sur le terrain de manière extrêmement efficace et rapide. Les révolutions arabes ont-elles eu lieu sur Internet ? La réponse est clairement non. Est-ce qu’elle n’auraient pas eu lieu sans Internet ? La réponse est probablement oui.

En terme d’outils, également ?

Internet ne se joue pas sur Internet. La grande nouveauté de la campagne d’Obama, et probablement aussi ce que nous montre l’exemple des pays arabes, c’est qu’Internet aujourd’hui est autant un outil d’information qu’un outil d’organisation et de mobilisation dans le monde physique. Ce serait un contresens d’imaginer que l’organisation et la mobilisation, parce qu’elles se font sur Internet, ont pour objectif Internet. Obama utilise Internet pour envoyer un million de personnes frapper à des portes ou passer des coups de téléphone. Les révolutions arabes utilisent Internet pour organiser leurs manifestations dans la rue. Internet ne sert plus uniquement à organiser un terrain sur Internet, c’est une plateforme d’organisation et de projection sur d’autres terrains.

Il faut arrêter d’imaginer que les mondes sont cantonnés. Aujourd’hui, je ne dirai plus qu’Internet est un nouvel espace social, mais plutôt qu’Internet est imbriqué, entrelacé dans notre vie sociale.

“Internet ne veut plus dire grand chose”

C’est la différence avec 2007 ?

Pas vraiment, puisqu’en 2007, tout cela était en germe. Je pense qu’en fait, Internet ne veut plus dire grand chose. Je parlerai plutôt de “monde numérique”. La question est plutôt de savoir si on peut se passer du numérique et de ses problématiques dans une campagne. La réponse est clairement non. Ensuite, ce même numérique s’instille dans toutes les autres dimensions d’une campagne. On est donc obligé d’en tenir compte. Il y a quatre ou cinq ans, Internet était un sujet quasi-en soi. Aujourd’hui, Internet lui-même ne veut plus dire grand chose, et les questions tournent beaucoup plus autour des interactions numériques, de l’information digitale.

Vous pensez que c’est un sujet qui doit être pensé comme transversal, notamment par les états-majors des partis? Le PS par exemple n’a plus de secrétaire national chargé du numérique…

Qu’il n’y ait plus de secrétaire national au numérique n’est pas forcément un mal. Je suis en accord avec l’idée d’un numérique touchant tous les secteurs. Pourtant il semble judicieux de faire du cas par cas pour juger de son utilité. Aujourd’hui, l’imbrication entre le numérique et le physique est totale, et ça n’a pas grand sens de vouloir séparer les sujets. Les argumentaires sont pensés, conçus et diffusés en grande partie sur Internet. Ce n’est pas un sujet numérique en soi. En revanche, la fluidification de ces échanges ou la manière avec laquelle ils peuvent être conçus grâce au numérique impactent la campagne.

Par exemple, on ne peut pas faire plus physique qu’un meeting. Et pourtant, pour faire venir du monde, pour lier ensuite la relation avec ceux qui vont y aller ou la réflexion sur les sujets qui devront être abordés par le politique, on a besoin du numérique. Ce qu’a montré Obama et qui était très fort, c’est qu’aujourd’hui il faut unifier la chaîne de commandement. Il n’y a plus de campagne Internet d’un côté et de campagne physique de l’autre. On n’a pas pu le faire en 2007, parce qu’il était trop tôt.

C’est ce qui semble se dessiner pour 2012 ?

J’espère que ce sera le cas pour 2012 ! Il ne doit plus y avoir de déconnexion. La prise de conscience du fait que le numérique s’est emparé de tous les sujets et qu’il est nécessaire semble être effective

Au niveau de l’UMP et du PS en tous cas, des outils sont mis en place, via la géolocalisation par exemple. L’échec des Créateurs de possibles, notamment, peut-il s’analyser par une absence de prise en compte des questions numériques?

Bien sûr. Il est évident que le PS et l’UMP ont senti qu’il y avait quelque chose à faire, en comprenant vaguement qu’Obama avait innové dans sa campagne, notamment sur Internet. Gauche comme droite ont envoyé des gens là-bas. J’ai moi-même fait partie de la mission Obama pour la gauche. Et tous ont voulu en tirer quelque chose. Il se trouve qu’il y a eu une différence majeure dans les deux analyses.

D’un côté, il y a eu compréhension qu’en fait, la grande nouveauté de la campagne d’Obama n’avait pas été dans l’action sur le terrain numérique (Internet comme support du débat d’idée) mais qu’au contraire, la nouveauté se situait sur des questions d’organisation logistique et de mobilisation, qui se faisaient à partir d’Internet, mais pour aller à la conquête de terrains physiques.

Au début de la conception de la Coopol , quand on avait des échanges par média interposés avec le camp d’en face, la question qui émergeait était : “est-ce qu’Internet doit servir comme plate-forme de débats ou est-ce qu’au fond la question n’est pas plus basique, plus concrète, plus logistique et opérationnelle?”. Un parti doit mettre à disposition des outils pour favoriser l’organisation interne d’une campagne.

Pour moi, un parti politique a deux fonctions essentielles : être un système qui fait émerger des élites politiques et ensuite, organiser logistiquement la conquête du pouvoir. Sur ce point, Internet peut jouer un rôle absolument essentiel. La CooPol, ce n’est jamais qu’essayer de traduire dans un environnement français cette logique d’organisation et de mobilisation. Ce sont des outils très simples. On est parti du community organiser en se disant que l’équivalent au PS était le secrétaire de section, et on s’est demandé ce dont concrètement il avait besoin. Les bonnes idées sur Internet ne sont pas forcément hyper-complexes. Twitter ça tient en 140 caractères et c’est un outil d’échange d’informations et de partage. Le mec a eu une idée géniale, mais ce n’est pas une grammaire complexe. Beaucoup d’innovations technologiques sont en réalité des innovations d’usage et des innovations sociales. Elles ne sont pas hyper-compliquées. La CooPol, cela sert à organiser des réunions, des listes de diffusion ou un tractage…

Et ça fonctionne, le parti le promeut?

Oui, ça fonctionne pas trop mal et le parti le promeut. Par rapport à la sociologie du PS, là où les secrétaires de section sont plutôt jeunes et plutôt geeks, ça marche bien. Évidemment, cela fonctionne mieux dans les zones urbaines que dans les zones rurales, mais globalement ça marche pas trop mal. On ne révolutionne pas complètement le parti mais cela pose les jalons d’une organisation nouvelle.

Ce qui est aussi intéressant c’est que l’UMP, au lancement de la CooPol, a eu cette phrase terrible : “ils sont en train de faire un intranet pour apparatchiks”. C’est marrant, parce que cette phrase se voulait méchante mais que sans s’en rendre compte, le parti majoritaire mettait le doigt sur ce qui allait faire le succès de la CooPol : c’est un outil assez basique, mais c’est ça qui marche.

“La grosse nouveauté de 2012, c’est une forme de re-médiation”

Dans cette campagne, il y a aussi une évolution concernant ce que certains appellent “l’infowar”, ou guerre de l’information. Les choses ont évolué dans ce secteur depuis 2007, et il semblerait que les partis aient pris conscience de cette nouveauté, notamment par l’utilisation des réseaux sociaux.

Cela amène à parler du deuxième effet, peut-être le plus novateur, et au moins aussi important que la mobilisation et l’organisation logistique pour les appareils : Internet est devenu l’espace essentiel du débat public.

Beaucoup plus que la télévision, mais pas opposé à celle-ci. Internet vient souvent en complément de la télévision. La télévision reste un élément-clé du débat public, notamment pour fixer l’agenda politique. Si Nicolas Sarkozy va au journal de 20 heures pour parler de sécurité, tout le monde parlera de sécurité. Vous aurez beau dire sur Internet que vous voulez parler de l’inefficacité des caméras de surveillance, on parlera de sécurité. En revanche, ce débat public a moins lieu à la télé, pour une raison très simple: les gens ont envie de participer.

Et quand vous regardez un débat à la télévision, vous le faites par procuration, vous ne débattez pas, et ce n’est pas envoyer trois SMS qui change quelque chose. De plus en plus, quand vous regardez le journal ou un talk-show politique, ça déclenche, pour une partie encore minoritaire des spectateurs, de la discussion ou de la recherche d’information sur Internet.

Le centre de gravité du débat public s’est déplacé des anciens médias vers les nouveaux. Et dans les nouveaux, il y a des règles qui elles aussi ont évolué depuis quatre ou cinq ans. A cette époque, il n’y avait pas 25 millions de Français sur Facebook, mais une élite de blogueurs surinformés qui adoraient aller à la source de l’information, sur les sites des partis politiques notamment. Je pense que ce qu’on a vécu en 2006-2007, cela a été une forme de désintermédiation qui s’est poursuivie mais qui a été beaucoup au bénéfice des blogueurs et des politiques. En gros, ils discutaient directement ensemble sur Internet. Je pense que cette parenthèse se referme globalement. La blogosphère ne disparaît pas mais redevient ce qu’elle est au fond: un domaine d’expertise très intéressant. En revanche, la forme qui venait concurrencer les journalistes et éditorialistes a fortement baissé. Et les 25 millions de Français sur Facebook y discutent tous les jours ou sur d’autres médias sociaux, de politique. Ils en discutent peu et ne vont pas avoir le temps ni l’envie de décortiquer un discours entier de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy. En revanche, ils vont discuter. Et comment ? A partir d’informations qu’ils vont trouver sur Internet et plutôt dans des formats enrichis.

C’est la grosse nouveauté de 2012 : il y a une forme de re-médiation. Les internautes ont besoin de nouvelle médiation numérique, et ces nouvelles médiations vont s’incarner dans des contenus enrichis, ce n’est pas pour rien que j’en parle à OWNI.

“Les journalistes sont en train de revenir au centre du débat public”

Ça veut dire qu’un acteur traditionnel largement régénéré par Internet émerge avec une fonction clarifiée. Je pense que les journalistes sont en train de revenir au centre du débat public. Ils le sont surtout sur Internet, avec de nouveaux types de moyens et de nouvelles missions : il s’agit moins du monopole de la production d’information que du décryptage et de l’analyse, sur des formats pédagogiques. Par exemple une infographie qui me compare les programmes fiscaux de Sarkozy et de Hollande me rendra beaucoup plus service qu’un billet gigantesque d’un blogueur fiscaliste. Cette différence résume probablement la différence qu’il y aura entre 2007 et 2012.

2007 c’était l’heure de gloire de la blogosphère, les partis politiques discutaient avec une élite surinformée que sont les blogueurs. Aujourd’hui, on vit une forme de re-médiation, et le débat public se fait sur Internet, mais avec de nouveaux types de journalistes, plus décrypteurs et plus pédagogues.

Effectivement, ce qui se prépare dans certaines rédactions tourne autour de ces questions. En revanche, il y a de sujets qui peuvent émerger des réseaux sociaux, qui ne sont pas à l’agenda mais qui peuvent être repris par les partis politiques. La perméabilité entre médias dits “traditionnels” et médias en ligne est accrue par rapport à 2007. On parlait de transversalité des sujets liés au numérique et de non-prise en compte du sujet numérique en tant que tel. Il semble qu’il y ait une différence fondamentale entre le PS et l’UMP sur ces questions, le parti majoritaire se positionne sur le fait qu’il fasse du fond, notamment par la mise en avant de leur secrétaire nationale au numérique Laure de la Raudière. Est-ce que cet argument vous paraît important ?

Ce qu’il est important de préciser, c’est qu’il vaudrait mieux séparer définitivement les questions de communication et de campagne des sujets strictement numériques. Je suis payé pour savoir qu’une campagne se passe en particulier sur Internet, et je pense qu’on peut en dire des tas de choses intéressantes, mais je pense que ça n’a rien à voir avec l’injection du numérique dans toutes les politiques publiques. Déjà la première chose c’est que les partis politiques devraient les séparer absolument. Je pense que cette confusion, entre sujet d’un côté et objet de l’autre, est très mauvaise.

Peut-être de manière plus fondamentale encore que sur Internet comme outil de campagne, la différence entre le PS et l’UMP est plus grande sur le fond des sujets. Je crains que pour l’UMP le bilan en matière numérique soit mauvais. Je ne pense pas que l’administration électronique ait fait d’énormes progrès. Les opendata restent encore balbutiantes et c’est probablement un sujet qu’on a toujours vu comme rapide à faire alors qu’il s’agit de problèmes structurels, notamment sur la manière de produire des données. Même aux États-Unis c’est une fausse promesse depuis le début, et on sait très bien qu’il faudra dix ou quinze ans pour que les administrations commencent à produire du digital.

Et sur le reste?

En terme de pédagogie et d’innovation, le bilan du sarkozysme numérique est globalement très faible, alors qu’il s’agit pourtant d’un boulevard de croissance et d’un levier de transformation du monde qui est énorme. Le seul bilan en fait, c’est Hadopi.

“Hadopi n’est pas l’alpha et l’oméga du débat sur le numérique”

Il semble quand même que Nicolas Sarkozy a compris qu’Internet était important en termes économiques, notamment avec la séquence de l’e-G8 puis du CNN ?

Le fait que l’on se mette à parler de numérique à l’eG8 a plutôt été une bonne chose. Je ne vais pas dire le contraire: j’y suis allé et j’ai trouvé ça plutôt pas mal. En revanche, j’aimerais qu’on me dise quels ont été les vrais soutiens, les grands projets emblématiques dans ces domaines, parce que je peine à les voir. J’ai fait partie de ceux qui gueulaient et qui ont été assez intraitables vis à vis de mes amis au PS, et avec d’ailleurs moins de sévérité pour Europe Écologie, dont je continue de penser qu’ils sont quand même plus innovants sur ces sujets-là, culturellement plus en phase, ça paraît assez évident.

Mais il faut reconnaître que depuis deux trois ans, probablement sur Hadopi d’ailleurs, qui a été la pierre angulaire de ce basculement, la gauche social-démocrate a vraiment pris la mesure du changement culturel dans lequel on est avec la révolution numérique, et elle a pris des décisions. Si vous regardez ce qu’a fait Christian Paul depuis deux ans, que ce soit sur la neutralité du net ou sur Hadopi, on peut dire que le PS a énormément progressé sur ces questions. Et je le dis avec d’autant plus de franchise et de sincérité que ce n’était pas forcément le cas avant. Je me réjouis donc de ce changement, qui je pense a irrigué tout le monde.

Globalement le PS a vraiment opéré un tournant sur le sujet numérique, et ça va se voir dans la campagne, c’est évident.

Ça commence à se voir déjà, notamment avec les propositions de Martine Aubry, avec la fameuse taxe sur les FAI. Ce qu’on peut envisager à ce sujet, c’est que l’UMP, qui a mis la focale sur l’économique et parle aux industriels du net, joue de cette impression de rupture entre les PS et l’économie.

C’est un sujet assez protéiforme, cette taxe sur les FAI, parce que cela fait référence à plein d’autres débats. Si on se met à penser à des taxes, ou autres, c’est parce qu’on doit gérer la dette, et qu’il y a un problème de financement des politiques publiques. C’est aussi le résultat d’une prise de conscience européenne qu’il existe un dumping fiscal, et qu’il y a un certain nombre d’entreprises qui, en s’implantant dans tel ou tel État membre, arrivent à contourner la fiscalité nationale. En particulier dans le secteur numérique, il y a beaucoup de multinationales américaines qui bénéficient de TVA ou d’impôts sur les sociétés plus faibles. C’est cette question là qui est importante, pas forcément la réponse. Je ne suis pas sûr d’être très favorable aux taxes d’une manière générale, je préfère l’impôt. En tous cas, il ne me semble pas voir dans ce débat une gauche qui comprendrait moins ces sujets là que la droite.

Ce n’était pas mon propos, mais il semble que pour un certain nombre de propositions, le décalage entre le PS et les entrepreneurs du numérique pourrait à un moment ou à un autre poser problème.

Vous savez, Hadopi a montré que le décalage entre tout le secteur des entreprises innovantes et l’UMP était assez important. Free était autant contre Hadopi que la petite boîte du coin qui fait de l’opendata. Les juristes et les économistes étaient contre. Hadopi constitue le boulet numérique de ce mandat.

D’ailleurs en ce moment, on assiste à un changement de communication de la part de l’Hadopi, notamment en se positionnant comme la seule autorité indépendante qui pourrait s’emparer des sujets numériques après 2012.

Changement de communication, oui. Mais la loi n’a pas été changée. C’est probablement une manière de sortir par le haut du gouffre Hadopi, et c’est plutôt malin. A un moment donné de toute façon, il faut bien passer à autre chose. Hadopi n’est pas l’alpha et l’oméga du débat sur le numérique, mais par contre ça reste à leur bilan, et ça montre qu’il n’y a pas si longtemps, il y avait une grande incompréhension de la part du gouvernement sur ces questions. Pour une fois, le PS s’est retrouvé du bon côté, les débats sur la loi Davdsi avaient été plus compliqués.

On entend aussi que l’UMP serait plus pragmatique.

Dans le champ que je connais bien, qui est celui de l’innovation numérique, je n’ai pas vu de Small Business Act à la française, j’ai vu plutôt un statut de jeune entreprise innovante battu en brèche, le crédit impôt recherche qui continue d’être bouffé par les grandes entreprises. Soyons pragmatiques justement : je ne suis pas sûr que la France ait pris tout le tournant de ce qu’est aujourd’hui l’innovation.

Et c’est dommage, parce que la société française est probablement l’une des plus connectées au monde, qu’elle est hyperdynamique sur ces sujets, notamment la jeunesse qui est hyperactive sur les médias sociaux. On n’a pas à rougir de ça en France, notamment par rapport aux États-Unis, où je vais souvent : il n’y a aucun décalage d’usage. Il faut aussi reconnaître que le dynamisme du marché de la connexion Internet a joué favorablement. L’île de France et Paris reste un cluster quasiment sans aucun équivalent en Europe continentale. Ça devrait être l’objet d’une attention particulière pour promouvoir tout ça, pragmatiquement justement.

J’espère que les deux camps s’y mettront, parce que c’est une chance. Et que pour l’instant cette chance, on ne peut pas dire qu’elle ait été favorisée.


Photos via Flickr, La Netscouade [cc-by]
Illustration de Loguy pour Owni /-)

A lire également: le portrait de Benoît Thieulin chez Silicon Maniacs.

Merci à Abeline Majorel pour sa relecture attentive.

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La cathédrale et le bazar en politique http://owni.fr/2010/03/29/la-cathedrale-et-le-bazar-en-politique/ http://owni.fr/2010/03/29/la-cathedrale-et-le-bazar-en-politique/#comments Mon, 29 Mar 2010 09:36:47 +0000 Antonin Moulart http://owni.fr/?p=11025 Image CC Flickr AlphachimpStudio

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La cathédrale et le bazar est un texte original de Éric S. Raymond expliquant les méthodes de production du logiciel libre et de l’Open Source. La réflexion qui suit est une production librement inspirée par cette œuvre dont l’objectif est de reprendre les principes fondamentaux et de les traduire en termes de principes d’organisation politique.

« Faire passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre » n’est pas simplement une formule pour attirer la sympathie des « geeks ». Les cathédrales sont ces partis politiques vides où le silence, les dogmes et la hiérarchie règnent en maitres. Les bazars, foules grouillantes aux approches et rituels multiples, sont ces citoyens engagés, organisés en réseau ayant l’outrecuidance de se ré-approprier la politique.

À l’organisation du blocage par la hiérarchie il faut opposer une organisation de la réactivité par l’horizontalité.

Le pire ennemi de la politique est l’immobilisme. Les partis politiques sont comme de vieilles pierres qui résistent au temps mais dont l’évolution s’est arrêtée. Une organisation horizontale libère les contributeurs de la validation systématique des prises de positions et propositions programmatiques, accélérant ainsi le rythme de production et de diffusion.

Les sujets d’actualité sont multiples et touchent souvent des sujets complexes : il est impossible pour un ou deux représentants de couvrir tous les domaines. L’horizontalité permet à chacun selon ses spécialités de prendre position ou de produire un ensemble de propositions de manière intelligente.

Dans l’organisation bazar, si l’horizontalité peut créer la cacophonie lors de prises de positions contradictoires des membres d’un même mouvement, cela peut également amplifier l’effet médiatique et le nombre d’idées forces exprimées étant donnée leur multitude.

Aux murs infranchissables des partis politiques il faut opposer l’ouverture aux citoyens et aux idées.

La diversité des idées et des personnes ne doit pas être perçue comme un frein, c’est trop souvent le cas dans les partis politiques où l’uniformisation est le but recherché. Au contraire, la diversité est le moteur de la construction car il incite à l’échange et contribue à l’enrichissement de chacun.

Les idées préexistantes qui marchent doivent être utilisées et adaptées si nécessaire. Il ne s’agit pas de réinventer la roue. Avoir des bonnes idées est aussi important que de reconnaître les bonnes idées.

Les partis politiques n’évoluent pas car le doute n’est pas autorisé. En effet, la vocation électoraliste interdit toute remise en question de l’action menée afin d’en maximiser la force d’influence. Pourtant, les solutions les plus innovantes arrivent bien souvent par la remise en question des approches.

À l’autorité des chefs il faut opposer la bienveillance des pairs.

Encourager les citoyens à s’engager, cela signifie laisser le libre choix des contributions. Quand la contrainte est plus légère, on travaille mieux et plus longtemps. La gratification des pairs encourage à persévérer et améliorer la qualité des contributions.

Déléguer un maximum pour impliquer un maximum de personnes. Plus les énergies sont nombreuses à se déployer utilement, plus l’œuvre commune progresse.

Le nombre est un atout. Plus les contributeurs sont nombreux, plus les problèmes sont rapidement détectés et la diversité des approches permet de les résoudre plus facilement. « Étant donné un ensemble de re-lecteurs et de co-producteurs suffisamment grand, chaque problème sera rapidement isolé, et sa solution semblera évidente à quelqu’un. »« Loi de Linus » (quelque peu modifiée)

À la rigidité des appareils il faut opposer la souplesse d’une organisation intelligente.

La structure organisationnelle doit être suffisamment bien pensée pour intégrer la participation de chacun. Des statuts de qualité doivent à la fois être simples, afin que chacun puisse se les approprier, concis et répondant aux besoins d’horizontalité et de coopération.

Billet initialement publié sur le blog d’Antonin Moulart

Dans la même veine, lisez le Cluetrain manifesto appliqué à la politique

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Libérons les bureaux de votes ! http://owni.fr/2010/03/04/liberons-les-bureaux-de-votes/ http://owni.fr/2010/03/04/liberons-les-bureaux-de-votes/#comments Thu, 04 Mar 2010 11:31:48 +0000 Regards Citoyens http://owni.fr/?p=9397 468379788_d62d4b31f9_o

Le sésame pour aller voter

Il est très difficile de connaître l’emplacement de tous les bureaux de vote. Nous nous en sommes aperçus lors de notre travail sur l’étude du redécoupage électoral. Le ministère de l’intérieur ne centralise pas ces données. Il s’agit pourtant d’informations nécessaires à notre travail citoyen. Le seul moyen de les obtenir : contacter les 36 000 mairies ou les 100 préfectures départementales. Nous avions donc décroché nos téléphones, et contacté une quarantaine de villes et préfectures pour obtenir les adresses des 1 400 bureaux de vote impliqués dans le redécoupage.

Une fois le bon interlocuteur identifié, le défi consiste à obtenir le document recensant les adresses des différents bureaux de vote. De la liste manuscrite dictée par téléphone au document scanné de travers, les cas de figure sont nombreux ! Et il faut ensuite tirer des documents ainsi obtenus les données utiles dans un format structuré : extraire les adresses et les identifiants, positionner les adresses sur une carte, et associer les bureaux de vote aux résultats électoraux.

En parlant de ce travail, nous avons découvert que des acteurs comme 22mars, La Netscouade ou BureauDeVote.fr rencontraient les mêmes problèmes. Parmi eux, Nicolas Kayser-Bril de 22mars avait déjà contacté toutes les préfectures. Plutôt que de travailler chacun seul dans son coin, nous avons décidé d’unir nos forces pour reconstituer ces informations qui devraient être accessible à tous.

Grâce au travail de NKB de 22mars, 88% des documents ont été réunis. Seules quelques préfectures ne nous ont toujours pas fait parvenir les documents définissant leurs bureaux de vote, et la poursuite des efforts de chacun finira certainement par payer.

Mais le travail n’est pas fini ! Il reste désormais à convertir l’ensemble de ces documents en données exploitables. Là encore nous tentons d’innover : reconnaissance de texte OCR, conversion automatique de PDF, conversion de tableurs, … Parfois avec succès, souvent beaucoup plus difficilement. La dernière expérience en date est une application de crowdsourcing permettant de faciliter et décentraliser la partie manuelle du travail. Grâce à cette plateforme participative, quiconque ayant ne serait-ce que 5 minutes pour nous aider peut participer à libérer ces informations.

Parce que nous estimons que l’accès à ces données est essentiel au bon fonctionnement de la démocratie et qu’elles devraient appartenir à tous les citoyens, nous avons décidé d’ouvrir également une plateforme de partage afin que chacun puisse s’approprier au fur et à mesure de notre avancement les documents et les données produits jusqu’à présent. N’hésitez donc pas à participer vous aussi à cette aventure ! Appelez les préfectures récalcitrantes ; téléchargez nos données et les documents préfectoraux, corrigez et complétez les ; participez à la transcription communautaire grace à l’interface de crowdsourcing ! Toutes les contributions sont les bienvenues pour illustrer les usages innovants qui peuvent émerger de données aussi centrales à notre démocratie.

Rendez-vous donc très vite sur http://elections.regardscitoyens.org/ !

» Article initialement publié sur Regards Citoyens

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